Jacques Saadé peut se frotter les mains : les résultats de son premier semestre sont excellents. Avec un chiffre d’affaires à 6,77 Md$ (+41,3%), un Ebitda à 1,05 Md$ et un résultat net à 864 M$, la tempête semble désormais loin. "Ces résultats s'expliquent notamment par les choix stratégiques du groupe concernant sa politique d'investissement dans des navires de grande taille et son plan d'économies, conjugués à une reprise de la croissance mondiale ayant entraîné une augmentation des volumes transportés et des taux de fret", explique la direction. La publication de ces chiffres vient ponctuer une série d’annonces du groupe cet été. On se rappellera que le 12 juillet, à l’issue du baptême de son navire Christophe Collomb par Christine Lagarde,
CMA CGM avait annoncé la fin brutale de ses négociations avec Qatari Holdings et fait s’étrangler les représentants du Fonds stratégique d’investissements (FSI) partenaire de la négociation. En cause ? Des conditions jugées inacceptables. Jacques Saadé avait révélé alors qu’il continuait à négocier avec plusieurs partenaires. Après Vincent Bolloré, Goldman Sachs et Louis Dreyfus, Appolo Investment Management, Colony Capital, ou Butler Capital, il restait donc encore des partenaires bien disposés ? Fin juillet, l’affaire semblait entendue, c’était CNP (Compagnie nationale à portefeuille), la société du financier Albert Frère qui tenait la corde aidée du Fonds stratégique d’investissements (FSI). Il est vrai que le 26 juillet, une audience cruciale pour CMA se tenait devant le Tribunal de commerce de Marseille. Sous procédure de conciliation depuis six mois, la société avait à faire valider les accords conclus avec Natixis, IBM France Financement et IBM France. En même temps devaient être validés plusieurs accords sur les sociétés Alizé qui portent les acquisitions de navire. Un jugement du 28 août a validé ces accords qui prévoient explicitement : "Le tribunal prend acte que la société Merit et CMA-CGM sont entrées en négociation exclusive avec la Compagnie nationale & portefeuille et qu’il ressort, notamment, d’un courrier de la Compagnie nationale & portefeuille en date du 23 juillet 2010 adressé à CMA-CGM et produit aux débats, qu’un term-Sheet a été transmis suite aux discussions entre les sociétés. (…) Le Tribunal entend que CMA CGM s’engage, aux côtés de Merit, à finaliser dans les meilleurs délais, les négociations exclusives avec la Compagnie nationale & portefeuille dès l’homologation du présent accord". Le jugement positif a été rendu le 28 juillet. Une semaine plus tôt deux jugements d’homologation avaient été rendus sur deux sociétés Alizé. Le 4 août un nouveau jugement positif était prononcé sur Alizé 1956. Le 7 août, comme dans un thriller bien huilé, CMA annonçait à l’AFP : "Albert Frère et la CMA CGM ont eu des discussions sur un certain nombre de principes portant notamment sur les droits minoritaires, lorsqu’il a fallu les marquer sur le papier, la partie CMA s’est rétractée".
Fidèle à sa tactique habituelle, le groupe a annoncé être encore en négociations avancées avec le groupe libanais Mikati, proche de Rafiq Hariri et des Saadé, ainsi qu’avec un groupe Turc, TBN. Mais une question se pose : CMA CGM a-t-il encore besoin d’investisseurs ? Le groupe est très endetté certes, mais sa bonne santé retrouvée ne lui permet-elle pas de rembourser sa dette ? Le Tribunal de commerce n’a-t-il pas conclu : "Le cash flow dégagé par l’exploitation depuis le mois de février 2010 a rendu inutile la demande de ligne de liquidités de 500 millions de dollars" ?
Il faut ajouter au timing très serré de cet été celui-ci : un accord aurait été conclu entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy sur les "emplois fictifs" et, selon certains observateurs sur les prochaines présidentielles. Pour les tenants d’un "complot" dans cette affaire – et ils sont nombreux sur la place - qui expliquent les pressions (vaines) exercées par le Gouvernement, pour une mise à l’écart de Jacques Saadé, par sa proximité avec Jacques Chirac, dans un contexte de règlement de compte entre l’ancien et le nouveau locataire de l’Elysée, les deux calendriers estivaux convergent : la CMA serait bel et bien sortie de la zone de turbulences.
E-lettre Sud Infos | Publié le 06-09-2010